Comment la pandémie est-elle vécue en Asie?

COMMENT LA PANDÉMIE DU CORONAVIRUS
EST-ELLE VÉCUE EN ASIE ?

Des partenaires du CCFD (Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement) – Terre Solidaire témoignent :

La classe ouvrière est confrontée à une crise d’une extrême violence. Elle affecte particulièrement les plus pauvres qui ont un accès limité aux soins médicaux, n’ont aucune protection sociale, ni sécurité de l’emploi… « Les ouvriers travaillant dans les usines sont très exposés, notamment en raison du manque de masques », explique notre partenaire. « Ils sont aussi durement frappés par les vagues de fermetures d’usines et par les licenciements. »

Au Sri Lanka, où un couvre-feu est instauré, les femmes et les hommes travaillent dans les plantations de thé sans aucune mesure de protection. Leur nombre de jours de travail a baissé, grevant leur salaire déjà très bas. Et parce que les écoles sont fermées, les femmes se retrouvent, comme souvent, en première ligne : « Elles se battent pour maintenir coûte que coûte la santé et le bien-être de leur famille »… Dans ce contexte économique et sanitaire très difficile, les violences domestiques ont aussi augmenté. Un couvre-feu est instauré, les femmes et les hommes travaillent dans les plantations de thé sans aucune mesure de protection. Travailler pour survivre Si des mesures de compensation très partielles pour les chômeurs ont été instaurées dans certains pays comme le Vietnam, le Cambodge, l’Inde, elles ne s’appliquent pas aux travailleurs de l’économie informelle, qui paient un lourd tribut à la crise… Qu’ils soient chauffeurs de tuk-tuk, vendeurs de rue, éboueurs, ils doivent continuer à travailler pour survivre, avec un risque important d’exposition au virus. Un risque renforcé par la promiscuité – ils cohabitent souvent à plusieurs dans une même pièce – qui rend impossible toute distanciation. Leurs revenus ont aussi fortement baissé en raison des mesures de quarantaine et de confinement qui réduisent toutes activités.

Abus de pouvoir

Dans plusieurs pays de la région, la menace du coronavirus est utilisée par les régimes autoritaires pour étendre les prérogatives de l’État… Le confinement leur permet d’imposer des mesures restreignant les libertés, et une surveillance généralisée des populations. Les forces de l’ordre peuvent ainsi s’attaquer aux poches de résistance dans la société civile pour éliminer, parfois en usant de violences policières, toute forme de contestation. « Ces mesures pour endiguer la propagation du virus, pointe notre partenaire, vont entraîner sur le long terme, une
érosion des libertés et une répression accrue de la société civile. » Le cas le plus emblématique de ces dérives est celui des Philippines où le président Duterte a ordonné aux forces de l’ordre de tirer sur toute personne ne respectant pas le confinement. D’autres États ont également pris des mesures restreignant les libertés. Au Cambodge, par exemple, le Sénat a ratifié, le 17 avril, l’état d’urgence. Ce texte interdit tout rassemblement, permet une surveillance des moyens de communication et un contrôle des médias. Des mesures qui peuvent être prolongées indéfiniment par un simple décret royal, au-delà du délai de trois mois initialement prévu… Syndicats, associations des droits humains cambodgiennes et internationales s’inquiètent de ces mesures renforçant les pouvoirs du premier ministre Hun Sen. Alors que son régime est, depuis des années, marqué par de nombreuses violations des droits
humains et des attaques récurrentes contre la démocratie.