4 – Ce matin, quel calme !

CE MATIN, QUEL CALME !
Le soleil baigne le terrain de sa lumière. Les oiseaux chantent en voletant de branche en branche ils m’entraînent dans leur danse épuisante. Les écureuils grimpent, descendent, sautent d’une branche à l’autre, croquent les pommes de pin dont les écailles jonchent le sol. Et les fleurs…. jacinthes colorées, jonquilles jaune lumière, narcisse avec leur couronne blanche, violettes cachées sous les feuilles, muscaris répandus on ne sait ni comment, ni par qui…. Et les arbres, les grands pins qui s’ornent de leurs minuscules pommes en devenir, ceux que l’on croyait bois sec d’où sortent des bourgeons vert tendre. Mais si je suis là dans le calme, la paix, la beauté, plus loin, les hôpitaux regorgent de malades, de petites mains en plein travail qui s’épuisent jour après jour à s’occuper des autres humains. Le monde frémit. Et j’imagine les peurs que pouvaient avoir mes ancêtres dans les guerres traversées….Trouver à manger, protéger les enfants et ceux que l’on aime. Et j’entends…. oh là là, il va falloir supporter nos gamins!…? Étions-nous devenus si lointains de l’amour des autres, et surtout de ceux que l’on a construits, que l’on a faits, à qui l’on a donné le jour ? J’aimerais, aller remplacer pour une journée, pour une heure, ce personnel de santé mais je ne le peux pas, je pense tellement à eux et surtout, après… non ils n’auront pas de vacances supplémentaires, ni le droit de souffler, ils devront continuer leur travail peut-être un peu moins bousculés, avec un peu moins d’attention de la part de tous ceux qui pour le moment les applaudissent jour après jour, avec moins de reconnaissance de la part de ceux qui continuent, aveuglés qu’ils sont, à critiquer leur retraite, leur salaire…. Que faire, que penser ? Durant l’été j’ai vu toute la nature que je contemple souffrir de la sécheresse, de la chaleur et pourtant aujourd’hui elle est resplendissante, elle s’est adaptée, elle a repris le dessus pour me montrer l’espérance et l’amour de Dieu pour sa création si petite qu’elle soit, mais surtout si humble, si démunie, si liée à la brutalité de la créature soit-disant intelligente que l’on appelle «homme»! Aujourd’hui naissent ça et là des gestes, des signes, des paroles de fraternité, de partage, ils font du bien! Pas si loin que cela, le 11 novembre j’étais près du Teil, puis,…. tremblement de terre, et au fur et à mesure des jours qui passaient, je me rendais compte qu’ici, à quelques kilomètres beaucoup de personnes n’avaient pas et n’ont toujours pas réalisé l’ampleur de la catastrophe pour les habitants. Alors il a fallu une catastrophe à l’échelle mondiale pour faire réfléchir, pour s’intéresser au malheur des uns et des autres. Pour cela, il faut être dans la « même galère »…. En attendant même si j’ai la chance d’être bien tranquille dans ma campagne, j’ai du monde plein le cœur, et beaucoup d’anonymes, de France et du monde, plus de personnes amies que ne peut en contenir un compte Facebook…. (en référence aux ‘Bodins’….). Je me sens dans le monde ; ma peine de ne pouvoir soulager la fatigue et le travail de ceux qui en ont trop, est soulagée par la prière. Tous ces textes que l’on reçoit, ces neuvaines, ces prières partagées avec tous en union de prière. Toute seule dans ma campagne, je n’applaudis pas à 20h, mais j’allume une bougie et je prie. Je prie pour que cette petite flamme réchauffe les cœurs de ceux qui en ont besoin et Dieu, dans le secret, entend la prière, si malhabile qu’elle soit, si simple. Alors aujourd’hui on ne peut que garder espoir en Dieu, qui protège les plus faibles de ses créatures, mais qui, comme un père aimant, peut nous aider à grandir en traversant les épreuves. Il y a eu des esclavages, des épidémies de toutes sortes mais les hommes se sont soutenus dans l’épreuve et c’est la solidarité et l’élan des cœurs qui peuvent sauver l’humanité. Alors oui, la nature est magnifique, le printemps est arrivé ce matin sur le calendrier, et le pire serait de perdre l’espoir, l’amour, la foi. Confions à Dieu qui nous aime, notre fardeau, notre impuissance.  Et surtout rendons lui gloire de ne pas se fâcher davantage en voyant ce que nous faisons des capacités qu’il nous a données et des biens qu’il nous a confiés.
Yolande FROMENTIN